Le travail de notre psychologue à la Mission Locale.

Mission Locale de Moulins, X. Helly : – Que représente aujourd’hui le travail d’un, d’une psychologue en Mission locale ?
Margarita Kraft : - Il s’agit avant tout d’un travail en équipe avec le premier interlocuteur du jeune : son conseiller Mission Locale. Lorsqu’un jeune éprouve des difficultés, ne se sent pas bien, la première personne à laquelle il / elle en parle au sein de la Mission locale, c’est à son conseiller. Le conseiller va ainsi informer le jeune de l’existence de ce que l’on appelle le « Point Écoute de la Mission locale. ». Selon les cas, les jeunes viennent plus ou moins facilement à ce point écoute. Parfois, c’est le jeune qui demande à son conseiller ou à l’accueil de la Mission locale de rencontrer la psychologue parce qu’il se rend compte qu’il ne peut plus gérer un trop-plein de difficultés.
Ainsi, pour le psychologue de la Mission Locale, il s’agit d’apporter une écoute, un accompagnement, un soutien et au besoin une orientation vers une structure spécialisée (CMP, CSAPA, ANPAA, CIDFF…). Les jeunes qui viennent en Mission locale sont rarement des personnes qui ont des problèmes psychopathologiques ou psychologiques importants. Il s’agit souvent de jeunes qui n’arrivent pas à intégrer le monde professionnel. Parfois ils/elles mettent tous les projets qu’on leur propose en échec. Cela peut provenir d’un manque de stabilité, un manque de référent adulte ou alors cela peut être un manque de maturité et là, le rôle du psychologue consiste à aider le jeune à prendre conscience du problème, à l’analyser pour qu’il puisse surmonter les difficultés qui freinent son insertion professionnelle.

Sinon, nous orientons les jeunes vers le CIDFF lorsqu’il y a des problèmes de violence conjugale ou le CSAPA lorsqu’il y a des problèmes de toxicomanie ou de cyber-addiction, ou vers l’ANPAA, lorsqu’il y a des problèmes d’alcoolisme. Nous travaillons aussi en lien très proche avec le CMP adultes et adolescents de Moulins. En effet, les Missions Locales ne sont pas des lieux de soins. Et ce n’est donc pas un endroit où l’on accomplit des psychothérapies.

Des difficultés d'estime de soi...

Il y a énormément de problèmes d’estime de soi, beaucoup de jeunes qui manquent de confiance, dans leurs capacités relationnelles et professionnelles qui n’ont pas l’impression qu’ils peuvent arriver à accéder à un emploi. Cela peut provenir du fait qu’ils ont vécu dans un environnement familial dévalorisant mais il peut s’agir simplement de la difficulté de passer de l’enfance à l’âge adulte.
Mission Locale de Moulins, X. H. : – D’une manière générale, votre suivi psychologique auprès des jeunes se déroule sur combien de temps ?
Margarita Kraft : -Cela dépend bien évidemment de chaque cas et ils sont tous différents. D’une manière générale, ce sont des jeunes qui ont vraiment besoin d’écoute. Ainsi il peut se produire que j’accompagne certains jeune pendant un an et plus mais pour d’autres, le seul fait de pouvoir parler à haute voix de leurs difficultés, leurs problèmes, de leurs angoisses, à une personne qui est neutre , cela peut les aider à prendre vraiment conscience de ce qui ne marche pas, de « mettre des mots sur leur maux ». Parfois cela peut ne prendre que le temps de deux ou trois rencontres. Je tenais à signaler ici qu’avant tout, la psychologie procède d’une rencontre et cette rencontre, c’est possible qu’elle ne prenne pas de véritable consistance, que la personne n’accroche pas avec son interlocuteur. Or c’est fondamental qu’il y ait une relation de confiance qui se crée. Et je pense que l’un des rôles du, de la psychologue en Mission locale, c’est de créer justement les conditions de cette rencontre.
Un certain nombre de jeunes ont de vraies inquiétudes face à la discipline exercée par la psychologue – la psychologie, reliée assez communément à la maladie mentale, à la folie…
Ainsi, certains viennent me voir à contrecœur et ils s’aperçoivent assez rapidement que ce travail psychologique n’est pas du tout ce qu’ils pensaient au préalable. Le courant passe et ça marche.

L’importance du travail en équipe.

Pour accompagner au mieux ces jeunes dans leurs difficultés, un des facteurs majeurs, c’est le travail en équipe.. Les jeunes que nous suivons, lorsqu’ils s’aperçoivent qu’il y a plusieurs adultes qui sont là pour les soutenir qui s’intéressent à eux, il y a tout un mécanisme psychologique positif qui agit en eux du fait qu’on leur porte reconnaissance de ce qu’ils sont et c’est une chose qui les motive. C’est en cela que le conseiller est vraiment un interlocuteur fondamental parce que c’est bien lui qui est en premier lieu en conversation, à l’écoute du jeune…

Des actions « préventions suicide »

Mission Locale de Moulins, X. H. : – Vous faites aussi tout un travail concernant la prévention suicide ?
Margarita Kraft : – En effet, je fais partie d’un groupe coordonné par l’ADEP 03 comprenant psychiatres, psychologues, travailleurs sociaux et médecins de la région Auvergne. Au sein de ce groupe, nous bénéficions de formation régulière et, avec nos différents savoirs professionnels et l’expertise que nous acquérons, nous sommes mandatés en tant que formateurs de personnes qui travaillent en contact avec les jeunes, notamment au sein des écoles, afin de dispenser toute une pratique visant à la prévention du suicide des jeunes.