L'accompagnement des jeunes sous main de justice.

Le travail d’accompagnement de jeunes sous main de justice existe depuis plusieurs années à la Mission Locale de Moulins. Notre structure a plusieurs fois fait partie d’expérimentation dans ce domaine. Il n’est que de rappeler récemment la plate-forme d’insertion pour jeunes sous main de justice – regroupant l’ensemble des Mssions locales de l’Allier et les différents acteurs de la justice.
Philippe Perrin, conseiller à la Mission Locale est un de nos référents principaux sur ce type d’action. Il nous fait part de quelques éléments de son expérience dans ces accompagnements.
Philippe Perrin : - Notre action se déploie sur deux plans différents : d’une part, nous intervenons dans ce que nous appelons le milieu ouvert, pour des jeunes qui ne sont plus incarcérés ou qui bénéficie d'une alternative à l'incarcération et de l’autre, nous nous rendons régulièrement en maison d’arrêt auprès de jeunes qui sont emprisonnés, en vue de préparer leur existence professionnelle et sociale à l’issue de leur incarcération.
Dans tous les cas, il faut que le jeune soit dans le cas de figure où il puisse juridiquement bénéficier d’un aménagement de peine délivré par les magistrats. Notre travail se fait ainsi en coordination avec le Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation (SPIP) et, lorsqu’il s’agit de mineurs, de la Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ). D’une manière générale, les autorisations de sortie sont délivrées en fonction de la solidité du projet qui est en train de se construire avec le jeune. Par exemple, nous pouvons nous trouver dans des configurations de recherche de contrat d'apprentissage. Il faut ainsi que le jeune puisse rencontrer son futur maître d’apprentissage. Il peut s’agir aussi de la prise de contact avec un organisme de formation dans lequel il est prévu qu’il soit intégré.
D’autre part, dans l’esprit des accompagnements que nous menons à la Mission Locale, nous réalisons un accompagnement global du jeune, prenant en compte simultanément son projet professionnel et l’ensemble des éléments de son existence. Cela est d’autant plus pertinent dans le cas de jeunes qui sortent de prison… Il s’agit d’examiner les possibilités qu’ils ont en termes d’hébergement, de vêture, de nourriture…
Mission Locale de Moulins, X. Helly : – Quel est concrètement le rythme de vos interventions dans le cadre de cette action ?
Philippe Perrin :- Pour ma part, j’interviens un après-midi par semaine à la maison d’arrêt. Il y a une autre conseillère, Dominique Berthot qui, elle, mène un atelier collectif. Il s’agit à chaque fois d’aider le jeune à se projeter dans son existence future et notamment bien sûr dans ce que pourrait être son futur parcours professionnel. Je reçois ensuite les jeunes la semaine suivante en entretien individuel. Ce balancier entre des interventions en collectif et des entretiens individuels permet de bien appréhender la problématique de chaque jeune, de contribuer à lever les freins. Cela concerne donc ce que l’on appelle le milieu fermé.
Pour ce qui est du milieu ouvert, à savoir une situation dans laquelle les jeunes ont une alternative à l’incarcération : – les personnes sous bracelet électronique par exemple – là aussi, tout est fonction de la solidité du projet élaboré avec le jeune. – Il s’agit donc d’une obligation de travail ou d’une obligation de formation. Notre action consiste donc à faire en sorte – en corrélation avec les services de la justice, que le jeune puisse payer sa dette à la société tout en avançant dans son projet professionnel.

Un jeune qui a eu des soucis avec la justice, qui a connu l’incarcération en maison d’arrêt, a besoin de se construire de nouveaux repères.

Mission Locale de Moulins, X. Helly : – Accompagner ces jeunes sous main de justice, fait sans doute appelle à une approche particulièrement attentive, comment caractériseriez-vous ce type de suivi ?
Philippe Perrin : – De fait, il s’agit de toute façon de ce que l’on appelle un accompagnement renforcé. Dans ce type d’accompagnement de jeune sous main de justice, on sent très bien qu’il y a quelque chose de fragile dans la mise en place de leurs nouveaux projets. Un jeune qui a eu des soucis avec la justice, qui a connu l’incarcération en maison d’arrêt, il s’agit qu’il se construise de nouveaux repères, qu’il parvienne à s’appuyer sur de nouvelles valeurs, et c’est toujours délicat. Même s’il a envie de s’en sortir. On sent bien qu’il a besoin de savoir que l’on est à ses côtés, qu’il peut nous poser toutes les questions, que l’on sera là pour répondre… De fait, malheureusement, il semble parfois plus facile d’aller vers les choses illégales, je dirais, que de se remettre en route sur le chemin de la vie de tous les jours… C’est en cela que cette action donne vraiment envie de s’impliquer car on en perçoit tout de suite la valeur. Aider un jeune à aller vers le mieux, à l’issue d’un parcours délictueux, ne peut que nous porter à nous investir dans de telles actions.
 

 Cette action est cofinancée par l'Union européenne.